Origine et histoire de l'Hôtel Plamon
L’hôtel Plamon, aussi appelé maison des Consuls bien qu’il n’ait jamais abrité cette institution, est un hôtel particulier situé 6–10 rue des Consuls à Sarlat-la-Canéda (Dordogne). Construit vers 1330–1340 par la famille d’Albusson, une lignée patricienne influente depuis le XIIIe siècle, l’édifice adopte un plan en U avec des ailes bordant la rue des Consuls et la Cuze. Ses fondations intègrent un canal couvert dérivé de cette dernière, témoignant d’une ingénierie médiévale avancée. Les fenêtres du premier étage, géminées à meneaux avec rosaces, datent du XIVe siècle, tandis que celles du second étage furent refaites au XVe siècle. La guerre de Cent Ans (1337–1453) perturba la région, mais Sarlat, malgré son rattachement temporaire à l’Angleterre par le traité de Brétigny (1360), conserva une certaine prospérité, comme en témoigne le début des travaux de l’église Sainte-Marie en 1365.
L’hôtel changea de mains en 1473, lorsque le notaire Guillaume Plamon l’acquit, donnant son nom actuel au bâtiment. Bien que les Plamon n’en soient pas les constructeurs, ils y apportèrent des modifications majeures aux XVIIe siècle, dont une aile nord avec une cage d’escalier à jour et une trompe de Montpellier soutenant un appendice. Une tour carrée, ajoutée au sud-est, servait de passage privé vers l’hôtel voisin de La Brousse, avec des demi-étages communiquant alternativement entre les deux résidences. Les armes des Plamon, sculptées sur le fronton triangulaire de l’entrée, rappellent leur emprise sur les lieux. Malgré ces aménagements, l’hôtel fut négligé après sa vente (date inconnue au XVIIe siècle) et exproprié par la ville en 1950 pour sauvetage, avant une restauration achevée en 1970.
Classé monument historique en 1889, l’hôtel Plamon se distingue par sa façade gothique aux décors sculptés, mêlant ouvertures ogivales (rez-de-chaussée), fenêtres trilobées (premier étage), et un balcon Louis XIII soutenu par une trompe. À l’intérieur, subsistent des éléments médiévaux comme des niches, éviers, latrines, et cheminées d’origine. L’escalier de cour, avec sa rampe et ses balustres du XVIIe siècle, illustre les transformations ultérieures. Bien que jamais propriété communale, son appellation maison des Consuls persiste, peut-être en raison de son prestige ou de la confusion avec d’autres édifices sarladais.
Les familles liées à l’hôtel incarnent l’élite locale : les d’Albusson, bayles royaux ou abbés de Sarlat dès le XIIIe siècle (comme Gérad d’Albusson, bayle en 1254, ou Élie d’Albusson, consul en 1298), cèdent la place aux Plamon, notaires et propriétaires aux XVe–XVIIe siècles. Leur histoire reflète les dynamiques urbaines de Sarlat, entre prospérité marchande (financement de Sainte-Marie), conflits anglo-français, et adaptations architecturales aux goûts Renaissance. L’expropriation de 1950 marque un tournant dans sa préservation, transformant ce témoin du patrimoine civil médiéval en un symbole de la sauvegarde du vieux Sarlat.